L’Afrique – Catherine Coquery Vidrovitch et Moncef Bakail

jeudi 3 avril 18h

Catherine Coquery-Vidrovitch : L’Afrique dans le monde : périodisation

On ne peut comprendre la situation actuelle du continent africain, 50 ans après les indépendances francophones (ex-AOF, AEF et Congo belge, Rwanda, Burundi, auxquels il faut ajouter le Nigeria) sans l’analyser à la lumière des héritages complexes et lourds du continent.  Celui-ci n’est « né » ni avec les indépendances, ni avec la colonisation près d’un siècle auparavant, ni même avec la « découverte » par les Portugais à la fin du XVè siècle : les Européens ont découvert et construit « leur » Afrique, mais celle–ci avait déjà derrière elle une histoire qu’ils ont durablement ignorée, alors qu’ils étaient, sans le savoir, les derniers arrivés dans une histoire longue de mondialisation. 

Car les Africains n’ont jamais vécu dans l’isolement : l’humanité est née en Afrique orientale d’où les premiers hominidés sont partis à plusieurs reprises pour se répandre à travers le monde.

Le continent s’est toujours trouvé au carrefour de trois mondes, dont le premier fut évoqué depuis l’Antiquité et le deuxième décrit depuis le Xe siècle par les voyageurs et géographes arabes :

– le monde méditerranéo-afro-asiatique, le plus ancien, qui fut durablement approvisionné en or en provenance du soudan occidental via les caravanes transsahariennes. Hérodote en parlait déjà au Ve siècle avant JC.

– le monde de l’Océan Indien, qui s’épanouit surtout entre le Ve et le XVe siècle, et fut de la même façon nourri de l ‘or en provenance du Zimbabwe via le port majeur de Sofala, principal débouché de ces richesses sur l’Océan Indien.

– enfin le monde atlantique, le dernier arrivé, seulement dans la deuxième moitié du XVe siècle. Les Européens n’ont pas « découvert » l’Afrique, ils n’ont découvert que « leur » Afrique. Et comme ils ont dans le même temps découvert l’or des Caraïbes et l’argent du Mexique, ce sont les hommes dont ils vont faire trafic en Afrique.

Les configurations internes du continent, politiques, économiques, agronomiques, culturelles, répondent comme ailleurs aux faits mondiaux, dont les Africains ont beaucoup souffert, mais auxquels ils ont aussi beaucoup apporté : de l’or, de la force de travail, des matières premières, aujourd’hui de l’uranium, du pétrole et, à nouveau, de la main d’œuvre.

Suggestions bibliographiques

– Adame Ba Konaré (sous la dir. de), Petit traité de remise à niveau de l’histoire africaine à l’attention du Président Sarkozy, Paris, La Découverte, 2009, réédité en livre de Poche (2010) et publié à moitié prix par trois maisons d’éditions africaines, à Alger, Bamako et Dakar.

– Catherine Coquery-Vidrovitch, Petite histoire de l’Afriaue au sud du Sahara de la préhistoire à nos jours, Paris, La Découverte, 2016 (éd. de ¨Poche)

– L’Afrique des Routes. Histoire de la circulation des hommes, des richesses et des idées à travers le continent africain, Arles, Actes Sud/Musée du quai Branly, 2017, 255 p.

Moncef  Bakail : Les Royaumes Africains en Afrique subsaharienne : Les royaumes du Kongo, Buganda et Monomotapa comme référence.

   Au cours des siècles, de nombreux Royaumes Africains  ont existé avant le partage de l’Afrique par les puissances coloniales. La puissance de ces royaumes reposait sur leur organisation, leur développement socio-économique et leur richesse.

     Le royaume du Monomotapa constitue une des plus extraordinaires entités politiques d’Afrique australe avant la colonisation européenne. L’emplacement de ce royaume  est dans le sud de l’Afrique centrale, plus exactement au  Zimbabwe, entre les fleuves du Zambèze et le Limpopo. Le réseau commercial étendu fait de ce royaume une des régions commerciales les plus importantes au cours de la période médiévale. Les principaux éléments  commerciaux étaient  l’or, le fer, le cuivre, l’étain, le bétail, et aussi des cauris. Articles importés inclus verrerie de la Syrie et de la céramique de Chine. Le royaume du Monomotapa ou Great Zimbabwe était un important centre commercial et politique.

      le Royaume du Buganda, un des vassaux du royaume du Bunyoro dans l’Ouganda actuel, s’émancipa sous la conduite de son souverain qui portait le titre de “kabaka ”au 19éme siècle. Situé dans une région au sol fertile, bordée à l’est par le lac Victoria, le Baganda entra en contact avec les marchands musulmans de l’ile de Zanzibar échangeant de l’ivoire contre des cotonnades. Dans la seconde partie du XIXe siècle, les premiers explorateurs européens y furent accueillis par le roi –Kabaka- Mutesa II.

    En Afrique équatoriale, les royaumes bantous, par leur organisation et leurs cultures, avaient fait l’admiration des Européens. Le royaume du Congo est sans doute le mieux connu grâce aux récits des Portugais et de son organisation politique, socio-économique et de ses cultures. Ses rois se convertirent au christianisme au contact des Portugais. Il fut l’un des royaumes africains les plus célèbres du XVe à la fin du XVIIe siècle. Ses souverains, à commencer par Alfonso 1er (1505-1543) qui traitaient d’égal à égal avec le roi du Portugal, contribuèrent à faire connaître leur royaume.